Le Togo s’écroule sous Faure Gnassingbé
Reportage à Amakpapé et à Togblékopé - Cas de Yoto
(Photo/Togocity.com)A en croire les autorités togolaises, les axes Hahotoé-Kpémé, Lomé-Tabligbo, Lomé-Blitta du réseau ferroviaire sont impraticables, de même que les axes routiers Hahotoé-Kpémé, Tsévié-Tabligbo, Tsévié-Kévé, et Lomé-Tsévié. Les villages qui sont situés le long des vallées du Zio et de Haho sont inondés.
Le drame à Amakpapé et à Togblékopé relaté dans ce reportage de notre envoyé spécial.
Situé à environ 80 km au nord de Lomé, le pont entre Gamé et Amakpapé sur la nationale N°1 a cédé sous la crue du fleuve Haho, le samedi 26 juillet dernier. Sur son passage, le fleuve n’a pas fait les choses à moitié. Il n’a pas seulement emporté dans son sillage le pont mais aussi il a ravagé des champs de maïs, de mil, de coton et autres cultures. C’est la désolation totale au sein de la population.
Cette rupture du pont sur la nationale N°1 n’est pas sans conséquences, surtout socio-économiques. Sur le terrain du sinistre, les témoignages sont poignants. Cette situation dramatique est pourtant pour certaines personnes une source de profits (arnaque et racket). Ne sont pas seuls à se livrer à ce jeu, les jeunes de la localité, mais aussi des syndicats. «A quelque chose malheur est bon», se disent-ils sûrement.
Kodjo Sikirou, un témoin de l’effondrement du pont, raconte: «Je transportais (ndlr: il faisait du taxi-moto) une fille qui se rendait à Amakpapé. A quelques mètres du pont je vis que le courant d’eau était davantage fort car il tourbillonnait violemment. Tout près, j’ai senti que le pont d’un côté craquait et l’eau passait déjà. Devant un véhicule administratif suivi d’une Toyota Corola et d’une Mercedes Benz, je gare ma moto alors que les deux premiers véhicules ont rebroussé chemin. L’homme de la Mercedes et moi avons approché le pont afin de voir ce qui se passait. De l’autre côté du pont venait une semi-remorque à qui nous faisions signe de s’arrêter et le chauffeur obtempéra. Entre-temps, j’étais allé chercher des jeunes du village pour venir eux aussi constater ce qui se passait. Soudain, quinze minutes après, aux environs de 7h30, le pont s’est effondré sous nos yeux ». « Il y avait un peulh sur une moto qui venait à vive allure. En dépit de tous les signes qu’on lui faisait, il n’obtempéra pas. Ainsi, lui et sa moto se jetèrent à l’eau. Heureusement pour lui qu’il a pu nager jusqu’à la rive avant d’être secouru. Ce n’est qu’après qu’il fit comprendre aux gens qu’il croyait aux braqueurs et surtout qu’il revenait de la vente des bétails et qu’il avait d’importantes sommes d’argent sur lui», ajoute un autre témoin de la scène.
«Le pont a complètement cédé. Aussitôt j’ai alerté les autorités. J’ai reçu des instructions et j’ai réuni les jeunes afin que soit barrée la route. Aux environs de 15 h, le PM arriva avec sa délégation et ils ont constaté les dégâts. Donc, la nationale N°1 est coupée. Voilà la population a des problèmes. Je vais vous dire comment ça se passe. Les chambres sont cassées. Tous ceux qui ont du maïs dans leurs champs, tout est ravagé par l’eau. Il y aura la famine dans ce village. Pire, c’est l’eau de Haho là que nous buvons. Parce que s’il faut prendre cette eau là dans son état actuel, nous aurons de la diarrhée ou le choléra», déclare M. Wadé L. Léonard, Chef de Togbo-Amakpapé. Pour les populations, c’est la peur au ventre. «Nous avons reçu des semences que nous avons déjà semées. Nous venons de passer les intrants pour le coton. Et voilà que l’eau vient de tout emporter. La SOTOCO ne comprendra pas certainement cette situation. Elle nous réclamera à tout prix ces forfaits. Déjà, nous ne savons pas quoi faire pour résoudre ce problème», explique un paysan dont le champ est entièrement passé sous les eaux à Kabosse-Kopé
«Suite à l’évènement, nous les jeunes de la localité, nous sommes réunis pour décider de comment aider les voyageurs. Nous avons aussitôt cherché des bois pour boucher les trous du pont des chemins de fer afin de permettre aux voyageurs de passer par ici. Tout ceci moyennant quelque chose par exemple pour les piétons, 50 à 100 Fcfa et 200 Fcfa pour ceux qui ont des motos», confie Kélé Mazama, le Chef du péage de fortune. Pour la destination des recettes: «Nous avons un CVD (Comité Villageois de Développement) à qui nous donnerons une partie et le reste pour tous les jeunes qui ont travaillé d’arrache-pied pour avoir ce passage», indique-t-il. Il faut signaler que les conflits entre les agents du péage et les passants sont monnaie courante dans la mesure où les tarifs sont appliqués à la tête du client.
«Voulez-vous tirez profit sur notre dos? Ce n’est pas bon de nous compliquer la situation. Déjà au marché, les prix ont flambé d’un cran. Vous autres, vous nous amenez à des frais supplémentaires car le nombre de fois que nous passons vous nous prenez des sous. A combien irons-nous vendre ces produits pour avoir gain de cause?», se plaint une dame.
A Togblékopé, c’est le même son de cloche. Les trois ponts étaient submergés par le torrent du fleuve Zio. Le courant était si fort que les véhicules étaient interdit de circulation, créant ainsi un autre «no man’s land». Pour les conducteurs de taxi-moto, c’est la joie car les prix ont flambé. «Vraiment, il y a une malédiction qui plane sur notre pays. Le fleuve passe souvent violemment sous ces ponts mais, jamais jusque sur le pont. Mon inquiétude, c’est que ces ponts sont tellement vieux que je ne crois pas qu’ils pourront tenir beaucoup plus longtemps. Si ceci continue encore pour deux jours de plus, c’est sûr qu’ils vont eux aussi s’effondrer. Moi, je ne sais pas ce que font nos autorités», vocifère Louis qui a bravé la peur, traversant le courant d’eau avec tous les risques possibles.
Didier Ledoux
Après le cas Amakpapé, la préfecture de Yoto coupée de Lomé
La presse s’est toujours époumonée à rappeler la vétusté des infrastructures routières au Togo, histoire d’attirer l’attention des gouvernants afin qu’ils prennent des mesures idoines pour les remettre en état. Mais les autorités ont toujours fait la sourde oreille. C’est dans cette dynamique qu’est survenu le drame d’Amakpapé samedi dernier.
Amakpapé
Les pluies diluviennes qui tombent depuis quelques temps ont eu raison du pont de la localité. Il a été emporté par les eaux furieuses. Conséquence, la nationale n°1 est sectionnée et Atakpamé est coupée de Lomé. «La route est divisée par deux», a dit un jeune élève du cours primaire, appréciant ainsi le sinistre à sa manière, en des termes mathématiques. Pour revenir aux choses sérieuses, tout a l’air d’une voie qui vient échouer dans le vide. Mieux, dans les eaux.
Yoto coupée de Lomé
Nos fameuses autorités ont à peine le temps de constater les dégâts que déjà, on signale un fait similaire dans la préfecture de Yoto. Un pont aurait cédé sur le tronçon Lomé-Tsévié-Tabligbo, précisément au niveau du village Tchékpo-Dédékpoè. Rupture de pont qui isole donc la préfecture de Yoto. Elle est complètement coupée de Zio. Et pour rallier Lomé, on est obligé de passer par Vogan et Aného.
Les palliatifs
En attendant de voir les gouvernants enclencher sur la Nationale n°1 de «grands travaux»-c’est un terme générique-, ils n’ont pensé que déviation. Naturellement, c’est le ministre des Transports, Célestin Ekpaou Talaki qui s’est mis en scène. …Dans les mesures urgentes, nous allons rétablir la circulation en érigeant des barricades à 200 mètres à l’Est de l’ouvrage qui a été détruit. Avant ça, avec l’aide du ministère de l’Administration territoriale et du ministère de la Sécurité, nous avons alerté toutes les préfectures, toutes les stations taxis pour informer les gens qu’en venant du Nord, on doit dévier à partir d’Atakpamé, passer par Kpalimé et venir à Lomé. Si on est au Sud, on doit aller Lomé-Kpalimé-Atakpamé. Nous avons aussi la route entre Notsè et Agou …», s’est contenté de dire le ministre. Ainsi la voie Atakpamé-Kpalimé est réquisitionnée pour les besoins de la cause ; et d’autre part, les poids lourds en provenance du Port autonome de Lomé doivent passer par le pont rail. Mais ces solutions de rechange sont-elles à risque zéro?
Risque d’un Amakpapé bis
Il est à craindre que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets. Car l’état de ces voies de secours n’est pas enviable. La voie Agou-Notsè n’est rien d’autre qu’une piste rurale, même si M. Talaki a usé d’euphémisme et parlé de «route en terre moderne». Une petite comparaison : les boulevards et avenues de Lomé la capitale font faire des cauchemars aux petits enfants à cause de leur état piteux ; c’est à imaginer le sort des pistes. Si à Lomé on pense très vite au replâtrage, les pistes rurales ne jouissent pas de ce privilège et ne sont réhabilitées qu’à chaque reprise de Coopération avec l’Union Européenne. Les nids-de-poule qui s’y trouvent peuvent avaler une famille de rhinocéros. Ceux qui ont eu la chance d’emprunter cette voie se rendront certainement compte de la réalité.
Il y a en plus là-dessus un pont qui chancelle. Le ministre Talaki y a justement fait allusion. «Il y a aussi un pont là qui est en train d’être menacé par l’eau», a-t-il dit, avant de rassurer: «Les techniciens sont en train de vérifier si ce pont est praticable». Ce ne sont que des déclarations de dirigeant, qui ne sauraient minimiser le danger. Il y a risque d’un Amakpapé bis. Le ou les ponts construits sur cette voie sont à la mesure du poids des véhicules qui l’empruntent. Ce sont des poids légers, souvent des véhicules de transport en commun cinq (05), neuf (09) ou douze (12) places. Si donc aujourd’hui ces ponts doivent accueillir des semi-remorques, de gros porteurs, c’est à imaginer le risque que l’on court.
Le risque n’est pas moindre quand il s’agit pour les poids lourds, d’emprunter la route de Kpalimé, voie qui n’a pas l’habitude d’en accueillir. En effet il existe un pont à problème à Tové Agbessia, localité située tout prêt de Kpalimé. Le pont en question supporte, pour l’instant, le passage des véhicules, mais il est endommagé en bas et laisse voir beaucoup de fissures. Et s’il doit aujourd’hui supporter à un rythme plus accentué ces poids lourds, le risque d’un effondrement est donc grand.
Le tronçon Kpalimé-Atakpamé pose d’ailleurs problème. Certains l’appellent «sentier bitumé», voulant décrire cette voie. C’est son étroitesse qui est donc décriée. Selon les usagers, cette voie est difficilement applicable en temps normal. Ce n’est donc pas en ces temps de pluies diluviennes que la situation s’améliorerait. En plus, cette route est assez tortueuse, ce qui ne faciliterait pas les manœuvres aux titans.
Manque de maintenance
Le bon sens ne comprend pas comment on en est arrivé là. La question triture les méninges et beaucoup en arrivent à la conclusion du manque de suivi des infrastructures routières. Cette hypothèse est plausible, car un pont tel que celui d’Amakpapé ne saurait céder comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le pont devrait avoir logiquement amorcé son processus de dégradation depuis un bout de temps, et les pluies diluviennes de ces derniers temps ne seraient venues que lui porter le coup fatal. On aurait donc pu prévenir cette catastrophe, s’il y avait un suivi régulier de ce pont, et par ricochet de toutes les infrastructures routières. Ce n’est que le manque de visite, et donc de maintenance qui a entraîné cet effondrement. C’est d’ailleurs le péché mignon des gouvernants togolais.
Au demeurant, cette catastrophe va certainement ronger l’économie togolaise. La Nationale n°1 est la voie par excellence qui dessert les pays de l’Hinterland. Toutes ces tracasseries de déviation risquent de dégoûter les partenaires économiques. Un ou deux renversements de titans sur ces voies de secours et ils changent d’avis, et iront à la recherche du mieux-être sous d’autres cieux. C’est ici qu’il est à craindre qu’ils ne se replient sur les pays voisins qui offrent de meilleures infrastructures pour leur approvisionnement. Déjà certains chauffeurs de ces titans à destination de l’Hinterland, surtout ceux qui transportent des effets périssables redoutent la dégradation de ces articles vu le temps fou qu’ils sont obligés de mettre à cause de ces tracasseries de déviation, et d’autres proposent de passer par le Ghana ou le Bénin pour rallier leur pays de destination.


GILCHRIST OLYMPIO
« Ce n’est pas à deux semaines du scrutin de 2010 qu’on va commencer à discuter des réformes. Ces réformes s’imposent dès maintenant »
Gilchrist Olympio dénonce la lenteur des réformes constitutionnelles au Togo
Le leader historique de l’opposition togolaise, Gilchrist Olympio a dénoncé mercredi, au cours d’une conférence de presse à Lomé, le silence du pouvoir togolais en ce qui concerne les reformes des institutions et de la Constitution Togolaise…
En effet, s’exprimant devant la presse au siège de l’UFC, Gilchrist Olympio a affirmé que le Président de la République s’était engagé lors de leurs discussions en novembre 2007 à entamer les « réformes des institutions et de certaines parties de notre Constitution…Le gouvernement est très lent, jusqu’à maintenant on n’a pas eu de changement. Il faut qu’on se mette à table dès maintenant », a dit Olympio.
« Ce n’est pas à deux semaines du scrutin de 2010 qu’on va commencer à discuter des réformes. Ces réformes s’imposent dès maintenant », a martelé l’opposant togolais.
Il faut une réforme de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), de la Cour Constitutionnelle et surtout de la Constitution togolaise (adoptée le 27 septembre 1992 et modifiée en 2002).
Il a indiqué que ses réunions avec Faure Gnassingbé en novembre 2007 n’ont pas connu de suite. « Depuis notre dernière réunion en novembre ils ont disparu, on ne les voit plus, on a écrit ils ne répondent pas », a regretté le leader politique qui a rencontré mercredi dans la capitale togolaise le député français Christophe Guilloteau, président du groupe d’amitié parlementaire France-Togo.
Gilchrist Olympio a annoncé qu’il va se rendre à Ouagadougou dans les prochains jours pour rencontrer à ce propos le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, facilitateur du dialogue inter togolais.
Les exigences de l’UFC ne sont que la stricte application de l’Accord Politique Global signé en Août 2006 à Lomé. Cet Accord dans son titre 3 indique que la poursuite des réformes constitutionnels et institutionnelles est nécessaire à la consolidation de la démocratie, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance au Togo.
Très précisément, l’article 3.1 de cet Accord dispose que « Toutes les Institutions issues du Dialogue et des prochaines élections législatives s'emploieront à mettre en oeuvre les réformes permettant d'adopter des textes fondamentaux consensuels conformément à l'esprit de la Constitution d'octobre 1992 et du Code Electoral du 05 avril 2000 issu de l'Accord-Cadre de Lomé.
Ces réformes porteront sur les questions d'intérêt national suivantes : le fonctionnement régulier des institutions républicaines; le respect des droits humains; la sécurité, la paix publique ; le caractère républicain de l'Armée et des Forces de Sécurité; l'équité et la transparence des éjections à savoir : les conditions d'éligibilité, le mode de scrutin, le découpage électoral, le contentieux électoral, etc. le renforcement des moyens d'actions de la Haute Autorité de .l/'Audio-visuel et de la Communication (HAAC). »
Il est explicitement envisagé des révisions constitutionnelles, notamment sur le régime politique, la nomination et les prérogatives du Premier Ministre, les conditions d'éligibilité du Président de la République, la durée et la limitation des mandats présidentiels, l'institution d'un Sénat, la réforme de la Cour Constitutionnelle. (Article 3.2 de l’Accord Politique Global de Ouagadougou.)
Au surplus, le Conseil de l’Union européenne rappelle dans sa correspondance à Faure Gnassingbé, le 15 novembre 2007, les repères d’un dialogue politique approfondi et renforcé entre l’Union et la République du Togo. L’union européenne mentionne entre autres,
- « la poursuite des réformes constitutionnelles et institutionnelles répertoriées dans l'Accord Politique Global, y compris le processus de décentralisation et l'organisation d'élections locales;
- « la mise en place d'un système équilibré d'accès aux fonds publics pour le financement des partis politiques, tel que prévu par le paragraphe 1.2.12 de l'Accord Politique Global et le suivi des recommandations des missions d'observation électorale en matière d'adaptation du code électoral;
- « le traitement de la question de la lutte contre l'impunité, notamment à travers la création d'organes adéquats pour favoriser la réconciliation nationale, tel que prévu par les paragraphes 2.2 et 2.4 de l'Accord Politique Global, et les garanties pour le respect des droits de l'homme y compris la poursuite judiciaire des violations telles qu'elles ressortent des engagements 2-1 et 2-6 de la liste des 22 engagements approuvée en novembre 2004.
Il importe donc que le Comité de Suivi, voire le facilitateur ainsi que l’Union européenne qui ont pour mission de veiller à l’application de l’Accord Politique Global s’impliquent activement pour amener la partie au pouvoir à composer dans la bonne foi à la mise en œuvre de ces réformes institutionnelles et constitutionnelles.
La rédaction letogolais.com en liaison avec APANEWS.
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DÉCLARATION PUBLIQUE
AFR : 57/001/2008
29 avril 2008
Les organisations signataires de cette déclaration saluent l’ouverture, le 15 avril 2008, des consultations nationales relatives au processus vérité, justice et réconciliation. Elle constitue une avancée décisive dans la lutte contre l’impunité à l’encontre des auteurs des violations des droits humains commises dans le passé.
Les organisations signataires appellent les autorités togolaises à veiller à ce que ce processus permette l’établissement d’une commission vérité efficace qui puisse garantir que la vérité soit établie, que justice soit faite et que toutes les victimes reçoivent réparation, sans préjudice des procédures judiciaires engagées par certaines victimes.
En effet, une commission vérité ne peut se substituer à un processus judiciaire visant à établir la responsabilité pénale individuelle et doit venir en complément de celui des juridictions nationales. Elle ne doit pas, notamment, retarder l’examen par la justice togolaise des plaintes qui ont été déposées, notamment par les victimes des violences politiques de 2005 qui, à ce jour, attendent toujours d’être instruites.
Les organisations signataires demandent par ailleurs que la commission à venir suive les principes directeurs cités en annexe. Ces principes ont été établis sur la base du droit international des droits humains ainsi que de la jurisprudence des organes internationaux et régionaux de défense des droits humains et formulent des recommandations relatives à la création, aux fonctions, aux pouvoirs et aux méthodes de travail d’une commission vérité.
Le Togo a connu, depuis plusieurs décennies, de nombreuses violations graves des droits humains y compris des exécutions extrajudiciaires, des tortures, des « disparitions », des arrestations arbitraires et des atteintes à la liberté d’expression. A ce jour, aucun des auteurs présumés de ces faits n’a été traduit en justice.
En août 2006, l’ensemble des parties prenantes au dialogue inter-togolais - principaux partis politiques et deux organisations de la société civile - a signé un Accord politique global visant à trouver une issue à la crise politique togolaise à la suite de l’élection présidentielle, d’avril 2005, entachée d’irrégularités et de graves atteintes aux droits humains. Une des dispositions figurant dans cet Accord prévoyait la création d’une « commission chargée de faire la lumière sur les actes de violence à caractère politique, commis durant la période allant de 1958 à ce jour, et d’étudier les modalités d’apaisement des victimes ».
Le processus de vérité, justice et réconciliation, lancé le 15 avril 2008 par le Chef de l’Etat, Faure Gnassingbé, sera placé, selon les autorités togolaises, sous la responsabilité du Haut commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale, des ministères de la Justice et des Droits de l’homme et du renforcement de la démocratie, avec l’appui technique du Bureau du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.
Organisations signataires :
Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-France), Amnesty International, Fédération internationale de l’ACAT (FIACAT), Franciscans International, Organisation Mondiale contre la Torture (OMCT), Secours Catholique - Caritas France.
Annexe : principes directeurs pour la création d’une commission vérité efficace
La commission doit faire autant que possible la lumière sur les faits relatifs aux violations des droits humains commises dans le passé ; verser les éléments de preuve recueillis aux dossiers d’enquêtes et de poursuites judiciaires pénales en cours et à venir ; et formuler des recommandations efficaces afin que soit fournie une réparation pleine et entière à toutes les victimes et à leurs familles.
Outre les mesures de réadaptation, d’indemnisation et de satisfaction, la commission doit recommander une large gamme d’autres réparations pour les victimes telles que par exemple la réforme de certaines lois, procédures administratives et pratiques, le renforcement du système judiciaire et la promotion de l’éducation aux droits humains. Aucune recommandation émise en matière de réparation ne doit être considérée comme pouvant se substituer à la traduction en justice des personnes responsables de violations de droits humains ni empêcher les victimes de chercher également à obtenir des tribunaux une indemnisation.
Les statuts d’une commission vérité doivent lui garantir le soutien total des autorités exécutives, législatives et judiciaires nationales.
Les membres d’une commission vérité doivent être choisis sur la base de leur compétence en matière de droits humains, de leur indépendance avérée et de leur impartialité reconnue. La composition d’une commission vérité doit refléter un équilibre d’hommes et de femmes ainsi qu’une représentation pluraliste de la société civile.
La commission vérité doit bénéficier du temps nécessaire pour mener à bien son mandat.
La commission vérité doit avoir le pouvoir de recueillir toutes les informations qu’elle considère pertinentes et être habilitée à exiger que ces informations lui soient fournies lorsque cela s’avère nécessaire.
Les statuts de cette commission doit comprendre une disposition supplétive formulée de manière générale leur assurant les fonctions et pouvoirs nécessaires à la réalisation de leur mandat.
La commission vérité doit enquêter sur tous les éléments de preuve fiables qui puissent établir la responsabilité pénale individuelle. Elle doit ensuite les transmettre (de manière confidentielle) aux autorités compétentes chargées des poursuites judiciaires, afin de traduire en justice sans délai les auteurs présumés de ces actes.
Conformément au droit international, la commission ne doit pas recommander d’amnisties ou des mesures similaires d’impunité pour des crimes de droit international.
Si la commission vérité décide d’adopter des procédures spécifiques, telles que des mécanismes traditionnels de résolution des conflits, afin de promouvoir la réconciliation sur le plan individuel, il est essentiel que ces mécanismes respectent pleinement les droits et la dignité des victimes et des responsables présumés.
Son travail doit être soutenu par un secrétariat composé d’un nombre suffisant de personnes expérimentées, formées et compétentes.
En principe, tous les aspects du travail de la commission doivent être rendus publics. Autant que possible, les médias et la population doivent être informés des travaux de la commission vérité et des informations sur la base desquelles cet organisme va fonder ses conclusions. Cependant, la nécessité de protéger les droits de certaines victimes, témoins ou responsables présumés, peut limiter le caractère public de l’enquête, notamment si on estime que la sécurité de ces personnes est menacée.
Au cours de son travail, la commission vérité doit entrer régulièrement en contact avec les représentants d’organisations non gouvernementales, d’autres institutions non étatiques ainsi que les médias pour faire connaître son travail.
Les statuts de la commission doivent contenir des dispositions détaillées veillant à ce que les victimes et les auteurs présumés soient traités avec humanité.
Les statuts de la commission doivent garantir la protection des victimes et des témoins dont la sécurité peut être mise en danger en raison de leur participation à ce processus. La commission doit élaborer et mettre en oeuvre un programme de protection des victimes et des témoins qui soit complet, efficace et à long terme.
La procédure devant la commission vérité doit être équitable. En particulier, une commission vérité doit garantir à tout témoin, tout responsable présumé ou toute autre personne pouvant être appelé devant une commission vérité, le droit à un avocat et le droit de répondre aux allégations portées à son encontre ; et respecter le droit des responsables présumés à la présomption d’innocence jusqu’à ce que leur culpabilité ait été légalement établie, au-delà de tout doute raisonnable, à l’issue de poursuites pénales distinctes conformes aux normes internationales d’équité.
Une commission vérité doit bénéficier, sur le plan national, de ressources suffisantes ainsi que, le cas échéant, d’une aide au développement ciblée.
Les résultats des enquêtes et les recommandations de la commission doivent être officiellement proclamés, publiés et largement diffusés sans retard injustifié.
Les statuts d’une commission vérité doivent prévoir la création d’un organisme successeur chargé de contrôler la mise en oeuvre des recommandations de la commission, de poursuivre les enquêtes, de préserver les archives, etc.
Où sont les intellectuels de l’Afrique et de ses diasporas ?
Après la disparition d’Aimé Césaire, la question devient plus urgente encore
Pourtant, en Afrique, dans la Caraïbe, aux Etats-Unis…, il n’y a jamais eu autant d’universitaires, d’écrivains, d’auteurs, d’artistes, bref, d’hommes et de femmes dotés de savoirs très pointus et de culture. Certes, quelques figures comme celles du Nigérian Wole Soyinka ou de l’Américaine Toni Morisson sont mondialement connues et respectées. L’on ne peut cependant pas dire que leur influence et leur aura soient exactement à la hauteur de celles d’un Césaire ou d’un Mongo Beti. Pourquoi donc un tel « vide » ? Alors que paraît ces jours-ci, dans la très controversée collection Continents noirs des éditions Gallimard, le troisième et dernier tome d’une trilogie consacrée à la vie Mongo Beti et intitulé « Le rebelle III », l’on est tenté de se demander où sont les rebelles de notre temps ? A l’heure où, en Afrique et ailleurs, les peuples sont confrontés aux pires difficultés politiques, sociales et économiques, il y a lieu de s’interroger sur le rôle des intellectuels, dans leurs espaces nationaux et bien sûr au-delà de ces derniers. Pourtant, régulièrement, notamment lorsque l’actualité du continent l’exige, des voix s’élèvent en Afrique et ailleurs. Ce fut le cas avant, pendant et après le génocide rwandais – malgré les effets nuls ou presque - , et ce fut encore le cas plus récemment, après le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, sous l’impulsion de l’historienne malienne Adame Ba Konaré, qui est aussi l’épouse de l’ancien président malien Alpha Oumar Konaré.
Pourquoi malgré tout, ce sentiment diffus qu’en dehors d’une figure mythique comme celle de Nelson Mandela, dont la stature est aujourd’hui plus proche d’une divinité que d’un humain, l’Afrique et ses différentes diasporas ne disposent plus de figures tutélaires. Certes, il n’y a pas que la notoriété, fut-ce-t-elle mondiale, qui peut faire d’un homme ou d’une femme un être d’exception. D’ailleurs à cet égard, il y a certainement un peu partout dans le monde, des « anonymes » qui sont des modèles de vertu. Mais, l’on ne peut s’empêcher de se demander où sont les phares d’aujourd’hui, surtout dans les régions du monde où les combats pour les droits les plus élémentaires sont encore nombreux. Evidemment, nul ne peut nier la présence sur les territoires nationaux de personnalités importantes, qui mènent des luttes courageuses actuellement, parfois au péril de leur vie, pour faire triompher les causes les plus diverses. Ce fut notamment le cas pour l’écrivain nigérian Ken Saro-Wiwa, assassiné par le gouvernement du dictateur Sani Abacha en 1995 ; ce fut encore le cas pour le camerounais Célestin Monga, embastillé par les autorités de Paul Biya au début de la décénnie 1990, et qui a été exilé depuis à la banque Mondiale à Washington. On pourrait ainsi multiplier les exemples. Mais le constat reste le même : toutes ces personnalités sont très loin des sommets auxquels se sont hissés certains de leurs aînés. Des sommets auxquels certains comme Wole soyinka se sont parfois très violemment attaqués, dans une volonté sinon d’abattre des icônes, du moins de passer à autre chose.
En affirmant, en référence au concept fondateur de négritude, que le tigre ne revendique pas sa tigritude, Wole Soyinka a fait croire à beaucoup – ce qui est encore parfois vrai à l’heure actuelle - que la négritude était un archaïsme. Or, ceux qui adhèrent à cette vision, qui n’est d’ailleurs pas tout à fait celle de Wole Soyinka, s’attachent à l’évidence à la dimension strictement « raciale » de la négritude, en oubliant le fond qui réside dans l’être profond. On touche là à la dimension spirituelle et donc universelle de la négritude, qui est moins la fierté de l’homme noir, que la nécessité pour chacun, quel qu’il soit, de renouer avec son être profond. Autre polémique, celle menée par les promoteurs de la créolité comme Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant, dont l’objectif à l’origine était de la substituer à la négritude. Pour les tenants de la créolité, présentée comme une critique « radicale » de la négritude, il s’agissait pour le spécialiste de la grammaire créole Jean Barnabé de « remplir les promesses et le programme de la négritude mieux que ne l’avait fait la négritude elle-même ». Si ces controverses s’inscrivent dans le cycle « normal » des générations qui se succèdent, elles révèlent aussi la difficulté pour certains de se hisser au niveau de leur prédécesseurs, afin d’aller encore plus loin, encore plus haut.
Les intellectuels africains semblent plus inaudibles que jamais
Il y a trois ans se tenait à Dakar, la première Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora, sur le thème suivant : « L’Afrique au 21ème siècle : intégration et renaissance ». Presque un demi siècle après le fameux Congrès des écrivains et artistes noirs, qui se tint à la Sorbonne en septembre 1956, - notamment à l’initiative du Sénégalais Alioune Diop, fondateur de la revue Présence africaine en 1946 et de la maison d’édition du même nom quelques années plus tard -, un événement d’envergure internationale rassemblait à nouveau les intellectuels d’Afrique et de la diaspora. Dans les deux cas, un dénominateur commun : la mise en exergue et les interrogations sur le rôle des intellectuels. A l’instar des combats contre le colonialisme, ou encore des luttes contre les régimes autoritaires des années 1960 et 1970, les mutations démocratiques du début des années 1990 ont cristallisé les interrogations sur le rôle des intellectuels africains. Mais ce sont là des circonstances historiques particulières. Or hier comme aujourd’hui, les questions sur le rôle des intellectuels sont quotidiennes. D’où cette impression diffuse, mais réelle, que les intellectuels africains sont aujourd’hui plus inaudibles que jamais, voire absents de l’espace public international. Pis, certains raillent de plus en plus l’absence d’engagement chez nombre d’intellectuels, leur facilité à céder aux attraits du pouvoir et de l’argent, leur conformisme…
Rappelons toutefois qu’en Afrique comme ailleurs, les intellectuels ne forment pas un ensemble homogène. D’autant plus qu’il ne s’agit pas ici de restreindre le statut de l’intellectuel à la fréquentation d’une université et à la production de savoirs. Car, dans un monde de plus en plus mondialisé, la production des savoirs s’est atomisée et les capacités d’analyse critique de l’ordre politique, économique ou social se trouvent aussi en dehors des structures institutionnelles. De plus, comme l’a souligné Raymond Aron dans « L’opium des intellectuels », la qualité d’intellectuel varie dans le temps et l’espace. Alors que l’engagement politique fut pendant longtemps au centre de l’activité des intellectuels africains, la génération actuelle ne s’inscrit pas tout à fait dans la même démarche. En effet, pour les intellectuels de la période d’avant les indépendances, jusque dans les années 1970, la lutte contre la colonisation, tout comme l’affirmation et la reconnaissance de l’identité africaine étaient au cœur de leur engagement. Outre les circonstances historiques particulières de cette époque, l’une des raisons du grand écho rencontré par ces intellectuels réside dans ce combat commun qu’ils menaient contre la domination. D’où l’émergence d’une immense solidarité fondée certes sur l’idée d’une identité africaine conçue comme « monolithique » et sacrée, alors qu’il est admis aujourd’hui que comme toutes les identités collectives, cette identité africaine s’inscrit dans des dynamiques complexes, qui la rendent très diverse, voire éclatée.
D’une certaine manière, les combats contre la colonisation et les luttes politiques de la période qui a immédiatement succédée aux indépendances étaient beaucoup plus fédératrices et mobilisatrices. Les grandes figures intellectuelles de cette époque – Cheikh Anta Diop, Léopold Sédar Senghor, Alioune Diop, Mongo Beti… - avaient en effet un rayonnement et une audience considérables. Force est de constater que la situation a beaucoup évolué de nos jours. En matière littéraire par exemple, l’on constate que la littérature de combat de l’époque coloniale a « débouché » sur un immense désenchantement, dès le milieu des années 1960. Dès cette époque, dans « Le devoir de violence », le malien Yambo Ouologuem remet en cause les indépendances et la critique anticoloniale. D’autres comme les Nigérians Chinua Achebe et Wole Soyinka, les Kenyans Tabah Lo Lyong et N’gugi Wa Thiongo, ou encore le Somalien Nurruddin Farah écrivent aussi sur cette désillusion. D’où le sentiment d’une littérature qui se déclinait à l’intérieur d’un tryptique constitué par la colonisation, les indépendances et le désenchantement. La jeune génération qui a émergé dans les années 1980-1990 se caractérise d’abord par son cosmopolitisme et son individualisme. Même si l’on peut noter ici ou là des dénominateurs communs, tels que la critique des dictatures et des régimes antidémocratiques, l’on constate surtout une multiplication et une atomisation des voix. Par ailleurs, nombre de ces écrivains revendiquent des identités métisses.
Les résistants ont du mérite
Mais comme l’affirme Mongo Beti, dans le tome II de la collection posthume intitulée « Le rebelle », le combat social est l’une des premières missions de l’écrivain, mais ce n’est pas la seule. « La littérature doit pouvoir satisfaire ce besoin d’émotion comme tous les arts, car le propre de l’art est de nous émouvoir, pas seulement de nous envoyer des messages ou des idées » pr&ea


















